IA physique : Physical Intelligence ouvre son API, NEURA lance son modèle, RobCo devient licorne
Trois annonces d'octobre montrent l'accélération de la course aux « cerveaux » pour robots, de la Californie à l'Allemagne.
L’expression est partout : l’IA physique (physical AI) désigne les intelligences artificielles capables de percevoir le monde réel et d’agir sur lui à travers un robot. Après les modèles de langage, c’est l’un des terrains les plus disputés de l’IA. En octobre, trois annonces ont illustré cette course aux « cerveaux » pour robots.
Physical Intelligence ouvre son API
Le 13 octobre, la start-up Physical Intelligence (π), installée à San Francisco, a ouvert en version bêta son API Pi. Le principe : une entreprise téléverse ses propres données robotiques, lance l’ajustement fin (fine-tuning) des modèles de Physical Intelligence sur une infrastructure gérée par la start-up, puis fait tourner le modèle obtenu sur son robot via une passerelle hébergée à distance. L’accès se fait sur candidature : les intéressés doivent décrire ce qu’ils veulent construire. L’annonce ne mentionne aucun tarif.
Physical Intelligence est connue pour ses modèles de fondation π0 et π0.5, dont elle publie des versions en accès libre. Parmi ses premiers utilisateurs, elle cite Actor, qui automatise des chargeuses sur pneus dans l’Utah, ou Almond, dont le robot à deux bras a appris à ébavurer des pièces après quatre jours d’essais avec l’API. L’entreprise reconnaît en être aux débuts et signale des problèmes de connexion réseau sur certains déploiements.
L’enjeu, selon nous : faire de l’« intelligence robotique » un service accessible à distance, comme les API d’IA générative l’ont fait pour le texte. La start-up en a les moyens : selon Bloomberg, son précédent tour de table de 600 millions de dollars l’avait valorisée à 5,6 milliards, et elle discutait fin mars d’une nouvelle levée d’environ 1 milliard pour une valorisation de plus de 11 milliards.
NEURA Robotics lance Neuron AI
Le 14 octobre, l’allemand NEURA Robotics, fondé en 2019 et installé à Metzingen, a présenté Neuron AI, un modèle de fondation multimodal. Il combine vision 3D, toucher et force, son, état du robot et langage, avec une fonction de mémoire : le robot doit pouvoir se souvenir d’un objet sorti de son champ de vision. NEURA parle d’une architecture « perception-langage-action ».
Le modèle a été développé et entraîné en interne à Metzingen, à partir de données de robots réels, de simulations et de démonstrations humaines enregistrées avec des combinaisons à capteurs. NEURA cite des partenariats de données avec les industriels Schaeffler et Bosch. L’entreprise prévoyait de montrer son humanoïde 4NE1 enchaîner une séquence de lessive de onze minutes, sans intervention humaine, au salon Nvidia GTC Berlin, du 20 au 22 octobre. Ces capacités sont présentées par l’entreprise elle-même.
RobCo dépasse le milliard de dollars
Le 5 octobre, une autre start-up allemande, RobCo (Munich, fondée en 2020), qui fabrique des robots pour l’industrie, a annoncé avoir dépassé une valorisation d’un milliard de dollars, rapporte l’agence Reuters. Ce chiffre repose sur une cession d’actions sur le marché secondaire : des salariés ont vendu des titres à des investisseurs, dont Cherry Ventures. Selon le Wall Street Journal, cité par Reuters, l’opération portait sur 40 millions de dollars. Elle fait suite à une levée de 100 millions de dollars en janvier auprès de Lightspeed, Sequoia et Lingotto.
Son dirigeant, Roman Hölzl, s’est installé aux États-Unis pour se consacrer au marché qui croît le plus vite pour l’entreprise. RobCo y est présente à Austin et à San Francisco et revendique des clients dans plus d’une douzaine d’États. Reuters la range dans un petit groupe de start-up européennes de la robotique valorisées au moins un milliard de dollars, avec NEURA Robotics, Agile Robots et le britannique Humanoid.
Et la France ?
L’Hexagone n’est pas absent de cette course : Mistral AI a présenté Robostral Navigate en juillet, son premier modèle consacré à la navigation des robots. Mais l’écart de moyens reste considérable : le seul précédent tour de table de Physical Intelligence atteignait 600 millions de dollars.