Au Parlement européen, une équipe Inria de Nancy pilote une démonstration de robots domestiques dotés d'IA
Quinze robots fondés sur l'intelligence artificielle ont été présentés à Bruxelles par le réseau européen euROBIN. L'équipe Hucebot, commune à Inria, au CNRS et à l'Université de Lorraine, a piloté le défi du petit-déjeuner.
Le 2 septembre 2026, le Parlement européen à Bruxelles a accueilli une démonstration inhabituelle : quinze robots fondés sur l’intelligence artificielle, humanoïdes, robots à quatre pattes, drones et systèmes industriels, venus de laboratoires de toute l’Europe. L’événement était organisé par euROBIN, un réseau d’excellence financé par le programme Horizon Europe et coordonné par l’institut de robotique et de mécatronique du DLR, le centre aérospatial allemand. L’eurodéputé Axel Voss en était l’hôte. Environ 170 responsables politiques, industriels et chercheurs y ont assisté.
Une équipe de Nancy aux commandes du défi domestique
Les robots ont été répartis en trois scénarios : la fabrication au service de l’économie circulaire, les robots personnels pour le quotidien, et les robots d’extérieur, par exemple pour la livraison de colis.
Dans le scénario domestique, baptisé « Breakfast Cleanup », quatre robots ont débarrassé ensemble, et de façon autonome, une table de petit-déjeuner. Ils ont repéré les objets posés au hasard, saisi les assiettes comme la boîte de céréales, puis tout rangé dans le lave-vaisselle, le placard et le réfrigérateur, avant de jeter les déchets. Selon l’AFP, l’opération a duré une dizaine de minutes.
Ce scénario a été piloté par l’équipe Hucebot, commune à Inria, au CNRS et à l’Université de Lorraine et rattachée au laboratoire Loria de Nancy, sous la direction scientifique de Serena Ivaldi, directrice de recherche Inria. Le robot TIAGo Pro programmé à Nancy était chargé de ranger les aliments périssables dans le réfrigérateur. Parmi les autres robots figurait Rollin’ Justin, l’humanoïde du DLR.
Les gestes restent lents et nécessitent parfois plusieurs essais. Serena Ivaldi l’a justifié auprès de l’AFP : ces robots sont conçus pour évoluer au milieu des humains, sans les brusquer, et privilégient la précision à la vitesse.
Un message politique : la souveraineté technologique
Au-delà de la démonstration, l’objectif affiché était de convaincre les décideurs européens d’investir dans la robotique. Le DLR estime que la robotique fondée sur l’IA pourrait devenir en Europe, d’ici dix à quinze ans, un secteur aussi important que l’automobile aujourd’hui.
Le coordinateur d’euROBIN, Alin Albu-Schäffer, reconnaît, dans un entretien publié par l’université VUB, que la Chine et les États-Unis mènent la course, portés par des programmes nationaux et d’importants capitaux privés. Selon l’AFP, l’Europe voulait ainsi montrer qu’elle peut peser dans un secteur dominé par ces deux pays. Axel Voss a, de son côté, insisté sur la nécessité de transformer la recherche européenne en entreprises leaders, plutôt que de laisser d’autres commercialiser ces technologies.
Ce qu’il faut retenir
- La recherche française est en première ligne dans ce réseau européen : selon La Gazette France, sept équipes-projets d’Inria collaborent sur ces technologies.
- Les défis de manipulation en environnement réel (cuisine, maison, entrepôt) sont au cœur de la recherche actuelle : identifier des objets variés, les saisir sans les abîmer, s’adapter à un décor qui change.
- Les mêmes chercheurs alimentent l’écosystème de startups : Serena Ivaldi est aussi cofondatrice de Bleu Robotics, qui a levé 5 millions d’euros en octobre.