Bleu Robotics lève 5 millions d'euros pour apprendre de nouveaux gestes aux robots humanoïdes

Fondée en décembre 2025 par un ancien des lignes d'assemblage de Renault et deux directeurs de recherche Inria, la startup parisienne veut qu'une dizaine de démonstrations suffise à apprendre une tâche industrielle à un robot.

Les robots humanoïdes ont un problème très concret : leur apprendre une nouvelle tâche demande du temps, beaucoup de données et des équipes d’experts. C’est ce goulot d’étranglement que veut faire sauter Bleu Robotics, qui a annoncé fin octobre une levée de 5 millions d’euros en pré-amorçage.

Une équipe entre usine et laboratoire

La startup a été fondée à Paris en décembre 2025 par trois profils complémentaires :

  • Benoît Berkoukchi, directeur général, qui a dirigé pendant des années de grandes équipes sur les lignes d’assemblage automobile de Renault ;
  • Jean-Baptiste Mouret, directeur technique, et Serena Ivaldi, à la tête du conseil scientifique, tous deux directeurs de recherche à Inria et chercheurs en IA et en robotique depuis une quinzaine d’années.

Le tour de table est co-mené par Contrarian Ventures et OVNI Capital, avec la participation de Kvanted, WEPA Ventures, Motier Ventures et de l’investisseur Charlie Songhurst, membre du conseil d’administration de Meta.

Une dizaine de démonstrations au lieu de milliers de données

La promesse de Bleu Robotics : qu’un robot puisse apprendre une tâche à partir d’une dizaine de démonstrations d’un opérateur, sans grand jeu de données propre à cette tâche. L’objectif affiché est de ramener l’ensemble du déploiement d’un humanoïde à une heure ou moins. Selon Benoît Berkoukchi, interrogé par Sifted et cité par Humanoids Daily, la collecte des démonstrations prend environ 20 minutes, et le robot travaille au poste une vingtaine de minutes plus tard.

L’opérateur montre le geste à l’aide de poignées de démonstration, sans programmer. La méthode, que l’entreprise appelle « apprentissage abductif », cherche l’explication la plus simple du geste montré pour avoir besoin de moins d’exemples. Elle s’appuie sur le suivi des objets en 3D par caméra et vise d’abord les objets rigides : les textiles restent hors de portée pour l’instant. Un premier modèle, Bleu_0.1, a été présenté dans une note technique le 17 mars 2026.

Il s’agit à ce stade d’objectifs annoncés par l’entreprise, qui devront être démontrés en conditions industrielles réelles. Bleu Robotics dit travailler déjà avec deux grands industriels. Les fonds serviront à agrandir les équipes de recherche et de robotique et à déployer ses premiers modèles d’apprentissage en usine.

Ce qu’il faut retenir

  • La France compte une nouvelle startup dans le domaine très disputé de l’IA pour humanoïdes, directement issue de la recherche publique : l’algorithme a été développé à Inria.
  • Le positionnement est logiciel : Bleu Robotics veut que son modèle fonctionne sur n’importe quelle plateforme humanoïde, et prévoit un abonnement mensuel par robot.
  • Serena Ivaldi a aussi dirigé, côté scientifique, le défi de robots domestiques présenté par une équipe Inria de Nancy au Parlement européen en septembre.

Le contexte est porteur, mais exigeant : selon des données de la Fédération internationale de robotique consultées par Reuters, environ 7 000 humanoïdes ont été vendus dans le monde en 2025, dont une part importante à des laboratoires ou à des entreprises qui s’en servent pour collecter des données. Rendre leur déploiement rapide et rentable en usine est précisément l’enjeu des prochaines années.

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