Cobot ou robot industriel : quelles différences, et lequel choisir ?
Les robots collaboratifs séduisent de plus en plus d'entreprises, mais un cobot n'est pas un robot industriel « en plus petit ». Le point, avec les normes ISO 10218 révisées en 2025 et les repères de l'INRS.
Le cobot s’est fait une place dans les ateliers à côté du robot industriel classique : l’INRS observe que les entreprises s’y intéressent de plus en plus. Selon l’institut, le mot vient de la contraction de « coopération » et de « robotique » ; il désigne le plus souvent un petit bras articulé conçu pour travailler près des opérateurs. L’INRS note que certains fabricants l’emploient aussi pour des exosquelettes, qui ne sont pas des robots collaboratifs. Le cobot ne remplace pas pour autant le robot industriel traditionnel : les deux répondent à des besoins différents.
Le robot industriel : puissance et cadence
Le robot industriel « classique » vise la performance : vitesse, précision, endurance. Les plus gros modèles portent des charges considérables : le FANUC M-2000iA/2300, par exemple, est annoncé par son fabricant pour 2 300 kg. En contrepartie, ce type de robot travaille en général dans une zone où l’opérateur n’entre pas pendant le fonctionnement. Comme le rappelle l’INRS, l’opérateur y est protégé par une barrière périmétrique, et la prévention porte surtout sur l’accès à ce périmètre.
Le cobot : partager l’espace de travail
Un robot collaboratif est, selon la définition de l’INRS, un bras articulé alimenté en énergie, plus ou moins autonome, conçu pour travailler à proximité des opérateurs ou en relation directe avec eux, avec une suppression totale ou partielle des barrières physiques. L’INRS distingue trois façons de travailler ensemble :
- le partage d’espace : l’humain et le robot font des tâches distinctes au même endroit ;
- la collaboration indirecte : ils travaillent à tour de rôle sur une même tâche ;
- la collaboration directe : ils travaillent en même temps sur une tâche commune.
Ses charges utiles sont plus modestes. Chez Universal Robots, par exemple, les gammes e-Series et UR Series vont de 3 kg (UR3e) à 30 kg (UR30, 35 kg en charge étendue). L’INRS souligne que les cobots sont, pour l’instant, moins précis et moins rapides que les robots industriels, et qu’ils ne sont généralement pas faits pour les charges lourdes.
Les fabricants mettent en avant plusieurs atouts : un robot plus léger, donc plus simple à fixer, et une programmation guidée par une interface graphique (c’est le cas du logiciel PolyScope de Universal Robots). Le guidage manuel, qui consiste à déplacer le bras à la main pour lui montrer une trajectoire, fait aussi partie des fonctionnements collaboratifs décrits par l’INRS. Enfin, un même cobot peut servir dans plusieurs situations de travail selon l’outil qu’on lui monte et sa programmation.
L’INRS tempère cependant : les cobots ne sont pas « plug and play ». Leur arrivée modifie l’organisation du travail, et leur installation peut s’avérer longue, voire incompatible avec l’application prévue.
Les quatre techniques de collaboration
Les textes de référence décrivent quatre techniques de sécurité, combinables entre elles selon l’analyse des risques. La spécification ISO/TS 15066 de 2016 les détaille, et l’INRS les présente à partir de la version 2011 de la norme NF EN ISO 10218-2 :
- l’arrêt nominal de sécurité contrôlé : le robot s’arrête dès qu’un opérateur entre dans l’espace collaboratif, et ne repart que lorsqu’il en sort ;
- le guidage manuel : l’opérateur déplace le robot avec une poignée de validation et un arrêt d’urgence ; en apprentissage, la vitesse doit rester inférieure à 250 mm/s, précise l’INRS ;
- le contrôle de la vitesse et de la distance de séparation : une distance minimale est maintenue entre l’opérateur et le robot, vitesse et distance étant surveillées de manière sûre ;
- la limitation de la puissance et de la force : seule technique qui admet, sous conditions, un contact entre l’humain et le robot.
Attention à une idée reçue
Un cobot n’est pas sûr « par nature » : c’est l’application qui doit l’être.
C’est la position de l’INRS : « c’est l’application qui est collaborative ou non, pas le robot ». L’ISO le disait déjà en 2016 : la robotique collaborative désigne un système ou une application, pas un type ou une marque de robot.
Le procédé, l’outil et la pièce manipulée créent leurs propres risques. L’INRS rappelle que la limitation de force ne protège pas d’une coupure ou d’une perforation par un outil acéré, et qu’elle ne convient pas quand un contact avec le visage est prévisible. Un cobot peut donc exiger, lui aussi, des barrières matérielles ou immatérielles.
Côté réglementation, c’est la directive « Machines » 2006/42/CE qui s’applique, aux cellules classiques comme aux cellules collaboratives ; les normes ISO 10218 en donnent, selon l’INRS, les éléments techniques de mise en sécurité, et l’ISO/TS 15066 est d’application non obligatoire. Selon l’INRS, un robot vendu sans outil ni application est une quasi-machine accompagnée d’une déclaration d’incorporation. Le robot équipé de son outil pour une application donnée devient une machine, qui doit avoir une déclaration CE de conformité. Le règlement (UE) 2023/1230 sur les machines remplace la directive à partir du 14 janvier 2027. Il impose explicitement au fabricant d’une machine de faire effectuer une évaluation des risques pour déterminer les exigences de santé et de sécurité applicables.
Les normes ISO 10218 révisées en 2025
En février 2025, l’ISO a publié deux nouvelles éditions qui remplacent celles de 2011 :
- ISO 10218-1:2025, pour les robots industriels eux-mêmes, considérés comme des quasi-machines ;
- ISO 10218-2:2025, pour les applications robotisées et les cellules : conception, intégration, mise en service, exploitation, maintenance et démantèlement.
Selon un expert du fabricant de capteurs de sécurité SICK, cette révision intègre désormais les exigences de l’ISO/TS 15066 sur les applications collaboratives, dont les limites biomécaniques (forces et pressions admissibles en cas de contact). Elle distingue aussi deux classes de robots. Le catalogue de l’ISO indique toutefois toujours l’ISO/TS 15066:2016 comme publiée (confirmée en 2022), au stade « à réviser », avec un texte de remplacement en cours d’élaboration (ISO/AWI 15066-1). Les pages de l’INRS citées ici datent de 2021 et s’appuient encore sur les éditions de 2011.
Comment choisir ?
Pour l’INRS, tout part de l’analyse du besoin. Quand une tâche ne demande aucune collaboration entre l’humain et le robot, un robot industriel classique est souvent plus judicieux. Les applications entièrement automatisées sont, de loin, plus rapides et plus précises.
| Critère | Plutôt un cobot | Plutôt un robot industriel |
|---|---|---|
| Présence humaine | Travail à proximité ou avec l’opérateur | Zone protégée, sans accès pendant le fonctionnement |
| Charge | Légère à moyenne (quelques kilos à quelques dizaines de kilos) | Jusqu’à plus de deux tonnes pour les plus gros modèles |
| Cadence et précision | La vitesse est souvent limitée pour réduire les risques | Plus rapide et plus précis |
| Protections | Souvent réduites, mais pas toujours supprimées | Barrières et dispositifs de protection |
L’INRS met aussi en garde sur la productivité : les gains attendus ne sont pas toujours au rendez-vous. La vitesse est souvent bridée pour la sécurité, et le robot s’arrête quand des personnes passent à proximité. Pour un projet, mieux vaut se faire accompagner par un intégrateur robotique.
Ce que coûte un projet
Le prix du bras n’est qu’une partie de la facture. Pour faire une machine, il faut aussi l’outil (préhenseur, visseuse, ponceuse…), les dispositifs de sécurité, l’intégration, l’évaluation des risques, le dossier de conformité et la formation des opérateurs. L’INRS précise qu’une entreprise qui conçoit et réalise elle-même une application robotisée neuve pour son propre usage, en pilotant le projet, prend le statut de fabricant : marquage CE, déclaration de conformité et dossier technique lui incombent. Il faut donc raisonner sur le coût total du projet, pas sur le prix catalogue du robot.