AGV, AMR, robots-navettes : comment les robots se sont installés dans les entrepôts
Chariots autonomes, robots mobiles, systèmes « goods-to-person » : la logistique est devenue le premier débouché des robots de service professionnels. Le point sur les technologies et sur deux acteurs français, Exotec et Balyo.
La logistique est aujourd’hui le premier terrain d’application des robots de service professionnels. Selon la Fédération internationale de robotique (IFR), 117 500 robots de transport et de logistique ont été vendus dans le monde en 2025, en hausse de 21 %. Cela représente 47 % des ventes de robots de service professionnels. Dans sa dernière synthèse sur l’emploi, l’IFR observe aussi que le vieillissement de la population crée des pénuries de main-d’œuvre, notamment dans l’industrie et la logistique, et que les robots aident les entreprises à maintenir leur capacité de production. Mais derrière l’expression « robot d’entrepôt » se cachent des technologies très différentes.
AGV : des trajets fixés à l’avance
Les AGV (Automated Guided Vehicles, véhicules à guidage automatique) suivent des trajets prédéfinis. Dans leur version classique, ils se repèrent grâce à une infrastructure ajoutée au bâtiment : fil au sol, ruban adhésif, réflecteurs. C’est précisément ce dont les fabricants de nouvelle génération disent se passer. Avec un AGV classique, changer de trajet suppose donc de modifier cette infrastructure.
AMR : la navigation autonome
Les AMR (Autonomous Mobile Robots, robots mobiles autonomes) se déplacent sans infrastructure fixe. Ils s’appuient sur leurs capteurs et sur une carte de leur environnement. Exotec, qui range ses robots dans cette catégorie, résume la différence ainsi : contrairement à l’automatisation d’entrepôt traditionnelle, les AMR se déplacent sans rails ni fils et peuvent ajuster leurs tâches en temps réel.
La frontière entre les deux familles n’est pas toujours nette. Le français Balyo présente ainsi ses chariots comme des « AGV/AMR ». Ils sont localisés par lidar et par un algorithme de cartographie et localisation simultanées (SLAM), sans réflecteur, fil ni ruban, mais circulent dans des zones de navigation définies à l’avance.
Balyo s’est spécialisé dans la robotisation de chariots élévateurs du marché. Fondée en 2006, l’entreprise a mis au point un module de navigation qui transforme des chariots électriques standard en robots autonomes. Elle robotise des chariots fabriqués par Linde Material Handling et Hyster-Yale Group. Selon Balyo, plus de 2 000 de ses robots ont été déployés dans le monde, et son chariot tri-directionnel VEENY lève les charges jusqu’à 17 mètres. Basée à Arcueil (Val-de-Marne), l’entreprise a des bureaux sur trois continents. Côté sécurité, Balyo indique respecter notamment les normes ISO 3691-4, ISO 13849 et ISO 12100.
Le « goods-to-person » : la marchandise vient à l’opérateur
Dans un entrepôt classique, le préparateur se déplace dans les allées pour aller chercher les articles. Les systèmes « goods-to-person » (de la marchandise vers la personne) inversent la logique : des robots vont chercher les bacs et les apportent à des postes de préparation fixes.
C’est le principe du système Skypod du français Exotec, fondée en 2015 à Lille. Ses robots roulent au sol, passent sous les rayonnages et y grimpent pour aller chercher les bacs. D’après le fabricant, ils se déplacent jusqu’à 4 m/s dans les trois dimensions et portent jusqu’à 30 kg, dans des rayonnages pouvant atteindre 14 mètres. Chaque poste de préparation peut traiter jusqu’à 600 bacs par heure. En 2022, l’entreprise indiquait fabriquer ses robots à Croix, dans les Hauts-de-France.
En janvier 2022, Exotec a levé 335 millions de dollars pour une valorisation de 2 milliards de dollars, ce qui en a fait, selon l’entreprise, la première licorne industrielle française. Parmi ses clients, Exotec cite Uniqlo, Decathlon, Carrefour, Cdiscount, Gap et Geodis. L’entreprise revendique aujourd’hui plus de 75 marques clientes. Outre son siège de Lille, elle a des implantations à Atlanta, près de Munich, à Tokyo et en Corée.
Et demain ?
Plusieurs évolutions sont en cours :
- la vision et l’intelligence artificielle augmentent les capacités des robots, selon l’IFR : un enjeu direct pour la préhension automatisée d’articles variés (le « picking ») ;
- les humanoïdes attirent l’attention, mais l’IFR souligne que leurs applications restent pour l’instant spécialisées et souvent téléopérées : environ 7 000 humanoïdes de grande taille ont été vendus dans le monde en 2025 (voir notre article sur les ventes d’humanoïdes en 2025) ;
- le logiciel de pilotage est au cœur de ces systèmes : Exotec met en avant son logiciel Deepsky, qui orchestre tous les éléments du système, robots compris, et le relie à des équipements tiers ;
- la location de robots progresse : Exotec propose de louer des robots supplémentaires pendant les pics d’activité, et l’IFR note la montée des modèles de « robot as a service » (RaaS), déjà dominants aux États-Unis pour les robots de transport et de logistique.
Les métiers associés
Ces installations doivent être conçues, intégrées, programmées, mises en service et entretenues. L’Onisep cite d’ailleurs la logistique parmi les secteurs qui recherchent des roboticiens, par exemple pour développer des robots mobiles autonomes qui gèrent des palettes. Retrouvez ces profils dans notre guide des métiers de la robotique.